Les cannabinoïdes franchissent-ils la peau ?

Definition
La question porte sur un trajet : une molécule déposée sur la peau reste-t-elle en surface, ou passe-t-elle de l'autre côté ? La littérature l'aborde par deux voies distinctes, des mesures de perméation sur peau isolée d'un côté, des relevés de récepteurs et de molécules de signalisation dans le tissu cutané de l'autre. Deux questions, deux types de données, deux vocabulaires.
Un pot de crème et la question du trajet
Vingt-deux heures. Le pot est ouvert au bord du lavabo, une noisette de crème sur le dos de la main, et sur l'emballage un nombre de milligrammes de CBD. La main étale. Et la question arrive presque toute seule : est-ce que cette molécule reste là où elle a été posée, ou est-ce qu'elle passe ?
Il existe une réponse partielle. Elle ne vient pas d'un seul endroit de la littérature, mais de deux, et les deux ne répondent pas à la même chose. D'un côté, des mesures de passage à travers de la peau. De l'autre, des relevés de récepteurs et de molécules de signalisation dans le tissu cutané lui-même.
Rester sur place ou rejoindre la circulation
Appliquer sur la peau et franchir la peau ne se disent pas avec les mêmes mots. Un produit transdermique est conçu pour faire passer une molécule à travers la peau jusqu'à la circulation sanguine : la peau y sert de voie de passage, pas de destination. Un produit étalé en surface, lui, s'arrête à l'endroit où la main l'a laissé, et la suite du trajet reste une question ouverte tant qu'elle n'a pas été mesurée quelque part.
Une question qui se mesure, pas qui se devine
Le passage se chiffre. Le montage habituel porte un nom : perméation in vitro. De la peau isolée, un compartiment de chaque côté, une quantité relevée au fil du temps. Pour les cannabinoïdes, la source la plus citée sur ce point précis est une publication de 2004 [1]. Elle n'a suivi personne. Elle a mesuré une vitesse.
Le dispositif de l'étude de Stinchcomb de 2004
L'expérience a porté sur trois cannabinoïdes d'origine végétale : le delta-8-tétrahydrocannabinol, le cannabidiol et le cannabinol [1]. Pas de volontaires, pas de prise de sang. De la peau humaine, un montage de perméation, et une grandeur relevée au bout.
Comment se calcule un flux
Le flux n'est pas une quantité, c'est un rythme. On divise une masse de molécule par la surface de peau traversée, puis par la durée : masse, surface, temps, dans cet ordre. La valeur est lue à l'état stationnaire, c'est-à-dire au moment où le passage se stabilise et où le chiffre cesse de grimper ou de retomber d'une mesure à la suivante [1]. Un flux ne dit donc pas combien de milligrammes ont franchi la peau ce soir-là, sur ce dos de main. Il dit à quelle allure le passage se fait dans ce montage.
Pourquoi les trois ont été suivis ensemble
Parce qu'un flux se compare. Deux molécules mesurées dans le même modèle, sur la même surface, avec la même méthode, peuvent être mises l'une en face de l'autre : c'est tout l'intérêt de cette grandeur. Le protocole de 2004 a justement placé trois cannabinoïdes côte à côte, ce qui rend leurs vitesses lisibles les unes par rapport aux autres [1]. Sorti de ce modèle, un flux se lit seul, et la comparaison devient nettement plus fragile. C'est aussi ce qui explique pourquoi cette publication revient dès que la question du passage cutané est posée.
Le relevé, point par point
- Trois cannabinoïdes sont passés par le même montage : le delta-8-tétrahydrocannabinol, le cannabidiol et le cannabinol [1].
- Les trois ont traversé la peau du modèle, à des vitesses mesurables : le relevé ne s'est pas arrêté à un constat qualitatif [1].
- Ces vitesses n'étaient pas les mêmes d'une molécule à l'autre, et c'est précisément là que le montage côte à côte devient utile [1].
- Le cannabidiol et le cannabinol ont progressé environ dix fois plus vite que le delta-8-tétrahydrocannabinol, dans les conditions de cette expérience [1].
- L'écart a été rattaché au comportement physico-chimique des molécules, et non à une particularité propre à la famille des cannabinoïdes [1].
- Le chiffre reste attaché à son modèle : de la peau isolée, hors organisme, sans circulation sanguine derrière pour emporter quoi que ce soit.
- Il reste attaché à ses conditions : la même molécule, dans une autre formule et un autre montage, ne donne pas nécessairement le même flux.
La revue de 2009 et les cellules qu'elle nomme
Autre question, autre littérature. La peau possède-t-elle, sur place, de quoi reconnaître ce genre de molécules ? La revue de Bíró de 2009 décrit un système de signalisation endocannabinoïde dans la peau, et elle en donne les adresses : des récepteurs sur les kératinocytes, sur les cellules des glandes sébacées, sur les cellules du follicule pileux et sur les cellules immunitaires résidentes [2].
Le même texte va plus loin. La peau fabrique ses propres lipides de signalisation, l'anandamide et le 2-AG, et elle contient aussi bien les enzymes qui les synthétisent que celles qui les dégradent [2]. Le tissu ne reçoit pas seulement des signaux : il les produit et il les efface.
Un mot sur le vocabulaire, parce qu'il se mélange vite. Le système endocannabinoïde se décrit par trois séries d'éléments : des récepteurs, dont les récepteurs CB1 et CB2, des molécules de signalisation produites par l'organisme, et les enzymes qui gèrent leur cycle de vie. Les endocannabinoïdes nommés en 2009 appartiennent à la deuxième série : ils viennent du corps [2]. Les trois molécules du montage de 2004 viennent de la plante [1]. Deux origines, deux chapitres.
Reste une précision de lecture. Un récepteur localisé dans un type cellulaire, c'est une adresse identifiée dans un tissu. Ce n'est pas le récit de ce qui se produit quand une crème est étalée au-dessus, et la revue de 2009 ne raconte pas cette scène [2].
2019 : un cadre plus large, des données de laboratoire
La revue de Tóth de 2019 élargit le champ. Elle rassemble ce qui a été publié sur la signalisation cannabinoïde dans un ensemble plus vaste de la biologie de la peau : des travaux de laboratoire portant sur la croissance des cellules, sur la fonction barrière, sur l'activité immunitaire [3].
Le mot « revue » compte ici autant que l'année. Une revue ne produit pas de mesure nouvelle : elle range des travaux existants et montre où ils s'arrêtent. Dans les deux textes, celui de 2009 et celui de 2019, le matériel est de même nature : des cellules cultivées au laboratoire et des travaux précliniques. Aucun résultat obtenu chez des personnes n'y figure [2][3]. Une donnée cellulaire ouvre une piste de recherche. Elle ne se transpose pas telle quelle à une peau vivante, et encore moins à un pot posé sur une étagère de salle de bains.
Une base d'huile de graines de chanvre, côté formulation
Les crèmes Cibdol sont des cosmétiques, formulées sur une base d'huile de graines de chanvre, et rangées dans la catégorie des soins de la peau au CBD. Une crème cosmétique s'applique en surface : c'est ce que sa catégorie décrit. Le mot transdermique désigne autre chose, un produit dont la conception vise le franchissement de la peau avec la circulation sanguine au bout du trajet. Deux catégories distinctes, deux intentions de formulation, et une différence qui se lit sur l'emballage avant de se discuter dans la littérature.
La voie d'entrée change la question posée
Tout ce qui précède ne concerne qu'un geste : quelque chose déposé sur la peau. Change le format, et la question change de nature. Une gélule de CBD ou une huile de CBG passent par la bouche et par le tube digestif ; la peau n'est pas sur leur trajet, et les mesures de perméation citées ici ne portent pas sur elles [1]. Le vocabulaire de fabrication, extraction au CO2 supercritique comprise, décrit encore autre chose : ce qui se passe avant la formule, quand l'extrait est séparé de la matière végétale. Six mots reviennent sans arrêt dans ce sujet, et chacun a un périmètre étroit.
- Une application topique décrit un geste : le produit est déposé sur la peau, et rien d'autre n'est supposé de la suite.
- Un produit transdermique est conçu pour un franchissement, avec la circulation sanguine comme destination et la peau comme simple voie.
- La perméation in vitro désigne un passage mesuré sur de la peau isolée, en dehors d'un organisme vivant [1].
- Le flux est le rythme de ce passage, rapporté à une surface de peau et relevé à l'état stationnaire [1].
- Les endocannabinoïdes sont des molécules produites par l'organisme, et la peau compte parmi les tissus où elles ont été décrites [2].
- Les terpènes forment la fraction aromatique du chanvre, un chapitre distinct de celui des trois cannabinoïdes suivis en 2004 [1].
Questions fréquentes
3 questionsQuelles cellules cutanées la revue de 2009 nomme-t-elle ?
Que désigne l'état stationnaire dans un relevé de flux ?
L'écart d'environ dix fois vaut-il en dehors de ce montage ?
À propos de cet article
Luke Sholl écrit sur les cannabinoïdes, le CBD et, plus largement, les bienfaits de la nature depuis 2011. Son parcours comprend une expérience directe de la culture du cannabis, de la graine à la récolte, en terre, sur
Cet article wiki a été rédigé avec l’aide de l’IA et relu par Luke Sholl, Rédacteur spécialisé dans le CBD et le bien-être. Supervision éditoriale par Joshua Askew.
Avertissement médical. Ce contenu est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un avis médical. Consultez un professionnel de santé qualifié avant d'utiliser toute substance.
Dernière relecture le 27 août 2026
Références (3)
- [1]Stinchcomb, A.L. et al. (2004). Human skin permeation of delta-8-tetrahydrocannabinol, cannabidiol and cannabinol. DOI: https://doi.org/10.1211/0022357022791
- [2]Bíró, T. et al. (2009). Trends in Pharmacological Sciences. DOI: https://doi.org/10.1016/j.tips.2009.05.004
- [3]Tóth, K.F. et al. (2019). Molecules. DOI: https://doi.org/10.3390/molecules24050918
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